De quoi l’élection américaine de 2020 est-elle le nom ?

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L’élection américaine s’est achevée dans la confusion et le doute. Joe Biden a annoncé sa victoire tandis que Donald Trump a dénoncé de nombreuses irrégularités entachant la sincérité du scrutin.

Alors que de nombreux États de la communauté internationale se sont empressés de reconnaître la victoire de Joe Biden, la Chine et la Russie se refusent à le féliciter avant les résultats « officiels ». La multiplication des recours en justice afin d’obtenir un nouveau décompte des voix dans plusieurs États décisifs a sans doute poussé les chefs d’États des deux puissances précitées à bien plus de prudence.

Toutefois, si pour l’heure l’attitude contraint à la réserve, cette élection américaine reste pour le monde entier la vitrine de la démocratie de type occidentale. Et quelle vitrine ! Alors que les sondages annonçaient Trump complètement dépassé, la vague bleue (Parti démocrate) n’a semble-il pas eu lieu selon la position du clan Trump qui continue d’accuser le clan Biden d’avoir organisé une fraude électorale massive : la façade démocratique américaine que l’on croyait faite de fondements solides s’effrite dangereusement.

En réalité, cette élection est sans doute le point paroxystique d’un changement profond qui s’est amplifié sous la présidence de Bill Clinton et qui n’a eu de cesse de prendre de l’ampleur dans la société américaine. De manière schématique, les deux grands partis politiques qui s’opposent aux États-Unis, les Démocrates et les Républicains, partageaient tous deux comme valeur suprême « l’american way of life », appréhendée comme l’expression d’un mode de pensée, d’un style de vie, d’une sorte de religion civique favorisant l’unité existentielle.

Le modèle américain consistait à inclure des individualités diverses rapidement en permettant qu’une simple casquette de football portée et un gobelet de pop-corn dégusté un dimanche au stade noirs, blancs, jaunes ou natifs d’Amérique, juifs, chrétiens, musulmans ou athées, vieux ou jeunes, riches ou pauvres, hétérosexuels ou gays, femmes ou hommes – tous se considéraient comme étant semblables, et comme étant chacun une part entière de la nation. Toutefois, le Parti démocrate s’est progressivement mis à proposer à tous, et plus particulièrement aux noirs, homosexuels, latinos, femmes ou jeunes… à ceux qui peuvent être comptabilisés comme « minorités », d’être individualisés durablement dans un amalgame informe. De son côté, le Parti républicain a continué à proposer à ces dites « minorités » une intégration immédiate, sans doute imparfaite sur bien des points, dans la nation américaine en tant que personnes ordinaires formant un tout.

Au travers de ce changement radical de paradigme, le Parti républicain est devenu le porte-parole de la classe moyenne et ouvrière américaine. Ceux qui votent Républicain et précisément, Trump en 2016 puis en 2020, se définissent essentiellement par leur adhésion à un corpus de valeurs traditionnelles que sont, le travail, la famille, la nation et la croyance en Dieu. Ils se considèrent comme les « Américains », ceux relevant du « modèle historique » des pères fondateurs qui consistait à croire que peu importe d’où l’on vient ou qui l’on est, en travaillant durement et honnêtement, l’on devient quelqu’un. D’ailleurs, ce discours n’a jamais autant séduit ceux qui traditionnellement étaient dogmatiquement Démocrates, les noirs ou les latinos mais qui, plus que jamais, sont restés attachés à l’idéal porté par « l’american way of life ». De son côté, le Parti démocrate s’est détourné des travailleurs pour progressivement se transformer en un magma d’identités en tous genres, de tous types, soutenu par la finance, les géants du numérique et l’intelligentsia des grandes villes, de l’est comme de l’ouest.

Cette élection porte la marque d’une division profonde aux États-Unis comme dans la plupart des autres États occidentaux, où la traditionnelle opposition « Gauche / Droite » n’existe plus qu’en façade. Fait notable et marquant, le vivre ensemble apparaît, en raison de la fracture, de plus en plus difficile à garantir. D’aucun voient ici un terreau favorable à l’émergence d’une nouvelle guerre civile américaine.

Jean-Emmanuel Medina
Docteur en droit international et relations internationales
Avocat au barreau de Strasbourg – Enseignant à l’Université de Strasbourg