Reine de la publicité française – Mercedes ERRA

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Reine de la publicité française – Mercedes ERRA

Mercedes ERRA, Présidente exécutive d’Havas Worldwide et fondatrice de BETC

Ying HUANG, Journaliste NTDTV France

 

YH : Vous êtes quelqu’un d’impressionnant, comment vous vous résumez vous même ?

ME : C’est très simple, je ne voulais rien de tout cela, je ne voulais que trouver le métier qui m’intéresse, le faire bien et y mettre la plus grande qualité. Je pense que quand on ne se complique pas trop la vie.. je voulais trouver un métier qui me passionne, je sais que je peux travailler beaucoup..

Moi, j’ai eu la chance d’avoir un métier où j’ai senti que j’étais douée. On est là pour se faire plaisir. Donc j’aimais cela parce que c’était en lien avec la compréhension du monde, des gens, al problématique de la persuasion. Comment persuader les gens? Pour les persuader, il faut beaucoup les apprécier, rentrer dans ce qui les fait bouger, et cela me passionnait, c’est comme si j’avais un grand livre des hommes et des humains face à moi donc ça, j’adorais. J’ai beaucoup aimé le fait qu’à un moment donné cela devient très concret, c’est à dire qu’on cherche vraiment à persuader, donc on cherche quel est le levier, avec quel mot, quel discours, quelle création, avec quelle façon de communiquer on va pouvoir transformer les choses.. ça j’ai adoré. Donc j’ai eu la chance de tomber sur le métier que j’aimais, dans lequel j’étais plutôt pas mauvaise et donc je me suis concentrée dessus. C’était simple parce que j’aimais ça, je ne suis pas cynique du tout donc quand j’aime beaucoup, je n’ai pas fait ce métier que pour l’argent, je l’ai fait parce que je le trouvais important, et ça aide une carrière pare que c’était simple dans ma tête. Je pense que le deuxième secret de ma carrière c’était que j’étais une femme et ça ne me posait aucune limite, je ne voyais pas pourquoi je n’aurais pas fait une carrière aussi importante que celle d’un homme, ça ne m’aie jamais rentré dans l’esprit, donc j’ai eu le droit d’avoir une ambition. Sans avoir à penser qu’elle allait restreindre ma vie personnelle, donc j’ai beaucoup cru et ça m’a permis de ne pas être limitée comme parfois certaines femmes peuvent se limiter elle-même, j’ai eu la chance de ne pas avoir cela. Et puis la troisième chose, c’est que je pense qu’en dehors du travail, il faut aussi être généreux, et en particulier quand on a beaucoup reçu, je considère que j’ai beaucoup reçu et que j’ai eu de la chance et qu’il faut redistribuer cette chance donc j’ai passé pas mal de temps sur des sujets dont on pouvait penser qu’il n’étaient pas au coeur du travail mais qui permettait de aider la vie publique, d’aider les femmes, d’aider les droits humains, d’aider l’immigration, des choses comme ça qui étaient importantes pour moi, donc mon histoire, je ne sais pas si c’est une carrière, mon histoire a tourné autour de ça, et voilà, c’est comme ça que j’ai fait.

YH: Donc c’est très humain, en fait ?

ME: Bien sûr, mon ambition était grande, mais n’était pas arriviste, je voulais un métier qui m’intéresse tout de suite, quand j’ai commencé, je croyais que j’étais la patronne, je n’ai pas eu besoin d’être patronne pour être  patronne, je croyais qu’il fallait que je sois responsable pour moi, pour les gens, j’avais ça en moi même… J’avais confiance, et je me sentais responsables. Je pense qu’il n’y a pas tant de gens que cela qui se sentent responsables, donc pour les gens qui se sentent responsables, il y a beaucoup de place dans ce monde. Les gens cherchent à dire que ce n’est pas de leur faute, qu’il y a quelqu’un d’autre qui peut s’en occuper, que eux sont fait pour s’occuper de cela et pas de cela… moi je me sentais responsable.

YH: Et maintenant, vous l’êtes vraiment.

ME: Oui, mais pas plus que lorsque j’étais petite en fait, les choses ont pas tant changé, j’ai plus de possibilités, je suis plus aidé, il y a des gens ici qui m’aident tout le temps, donc ça me donne plus de moyens que quand je faisais tout toute seule dans mon coin, voilà la différence.

YH: Vous êtes passionné de la pub par rapport à ce domaine. La plupart des gens, en général, n’aiment pas la pub, on en voit partout… Par contre, les entreprises ont besoin de ce moyen de communication. Comment vous faites ?

ME: Oui. Moi je n’y pensais pas, je ne regardais pas la pub à la télé, ça ne m’intéressait pas du tout, j’étais littéraire, prof de lettres classiques, je n’enseignais pas la pub. Je pensais que le monde est communication. Les êtres humains sont des êtres emplis d’idées, ce qui les fait marcher, ce sont les idées, donc je ne voyais pas du tout la publicité dans un coin, comme s’il fallait vendre une salade ou je ne sais trop quoi, je pensais que le réel n’existe pas beaucoup. Ce qui existe, c’est ce qu’il y a dans la tête des gens. Quand vous voulez qu’un enfant étudie, quand vous voulez que quelqu’un travaille beaucoup, il a besoin de rêver qu’il fait quelque chose d’important pour…. etc. donc c’est le mental qui est important. Moi je considère que la communication est un passage obligé du monde, les gens qui deviennent nos présidents, ils le deviennent en communiquant. C’est très compliqué. Le réel, est ce que cela existe vraiment? c’est difficile il y a 50 réelles différences dans la personne qui les regarde. Regardez les français, ils ne sont pas les plus malheureux du monde, mais ils le croient à chaque fois. Pourtant, ce n’est pas vrai, ils le croient. Le problème, le plus important, c’est ce qu’on a dans la tête. On peut passer plein de messages, la communication, c’est un outil donc vous pouvez faire de la communication d’abord pour les entreprises, c’est très important, cela rend l’entreprise qui ne communique pas, il lui manque du résulta, les gens ont besoin de la communication. Souvent, ce qui fait marcher une entreprises, c’est quand quelqu’un, comprend  quoi elle sert, son monde, la communication aide à exprimer cela. Tout le monde a besoin de communiquer, l’armée de l’air a besoin de communiquer, on a besoin de communiquer si on veut arrêter les stéréotypes avec les femmes. On peut changer les regards des gens, don la publicité est un moyen très large qui peut donner envie de lire des livres, qui peut donner envie aux gens d’arrêter de fumer, qui peut contribuer à tuer les stéréotypes contre les femmes, qui peut aider la lutte contre la violence, qui peut beaucoup de choses… et vendre des petits yogourts.

YH: Donc pour vous, c’est cette passion qui vous anime ?

ME: Ce qui vous crée la passion, c’est les gens. Comprendre comment on persuade les gens, c’est passionnant, parce que les gens sont passionnants. Dans la publicité, vous pouvez faire de très mauvaises publicités, mais aussi de très bonnes, c’est comme les programmes de télévision. Une bonne publicité, c’est une publicité qui respecte son public, qui le tire vers le haut, qui le rend plus intelligent, plus fin, et qui est efficace pour la marque, qui est efficace soit pour vendre un de ses produits, est efficace pour que les gens prennent moins d’antibiotiques, pour qu’ils soient moins de partis pris contre les femmes, qu’ils soient un peu moins racistes. Je m’occupe du musée de l’immigration, et bien en ce moment, je fais campagne sur l’aquarium, on la fait ici gratuitement parce qu’ils n’avaient pas un sou, on leur a fait une jolie campagne sur l’aquarium, un aquarium a qui a été mis là dans les années trente pour montrer la richesse des sols qui a des sols marins qui apparentaient à l’époque à la France, c’était pour montrer cette richesse là, donc nous on avait besoin que les gens ailent à l’aquarium, comme ça, après, ils font le musée de l’immigration (rires), c’est formidable, et on a fait une petite campagne, et c’est formidable, les gens viennent. Moi ce que j’aime, c’est que les choses qui font bouger les gens.

YH: Justement, ça bouge les gens, donc on peut orienter les gens dans leur comportement, vous sentez qu’il y a une responsabilité ?

ME: Oui, on ne peut pas faire n’importe quoi parce que si vous tombez, si vous appuyez dans un endroit qui n’intéresse pas les gens, ils ne feront rien. Moi, c’est ça que j’aime dans ce métier, c’est que vous pouvez faire beaucoup de flops, vous pouvez faire de très grands films qui ne font bouger personnes, ils sont très beaux, très magnifique, mais… vous ne connaissez pas assez les gens pour dire ce qui leur convient, donc la persuasion cela part d’abord d’une analyse de ce que les gens sont prêts à croire et qu’ils ont envie de croire, il y a des choses qui leur vont, des choses qui ne leur vont pas du tout, et les trois quarts du temps, ils s’en fichent éperdument. Donc pour que ça marche, il faut créer quelque chose qui entre la communication, mais c’est pareil qu’un homme politique, pourquoi certains hommes politiques n’ont aucun succès??

YH: D’après vous, pourquoi votre pub peut avoir des réussites, avez vous un don ?

ME: Non, on fait beaucoup de choses, souvent on a appris parce qu’on est bon pour ça, pas que moi mais les gens qui sont ici. Parce qu’après, il y a beaucoup de réflexions, beaucoup de compréhensions de là où sont les gens, donc on y passe du temps, voir qu’est ce qu’ils pensent, qu’est ce qui les énerve, qu’est ce qui a changé, quelle est leur relation avec la consommation, quel est leur relation avec la petite bouteille d’eau, qu’est ce qu’ils en pensent… on connaît beaucoup de choses par rapport à ça, donc on est capables d’inventer une stratégies qui vont persuader, ça c’est la première partie du job, la deuxième partie c’est qu’il faut les exécuter, et avoir de la brillance, donc trouver une façon étonnante, émouvante.

Comme Evian, on racontait la jeunesse, on essayait de trouver un angle qui est impertinent, intéressant, et de l’exécuter parce que la production c’est aussi un vrai métier de création. De l’exécuter avec des façons brillantes, avec des musiques, avec des éléments, donc il y a beaucoup de choses qui peuvent persuader, une parole toute seule peut persuader.

Un homme politique, en une parole, peut persuader. C’est intéressant de voir pourquoi Marine ça marche. Qu’est ce qu’il y a qui fait que ça fonctionne? C’est passionnant, elle a compris qu’il y a une forme d’autorité, d’authenticité… cela fait qu’à un moment les gens en ont un peu marre des langages qu’ils ne comprennent pas. C’est passionnant, on ne dit pas que Marine a raison, on dit qu’elle persuade plutôt très bien. Si on veut persuader du contraire, il faut peut être réfléchir à “comment?” et il ne faut pas être méprisant à l’égard des gens, s’ils se laissent aller à cela, c’est qu’il y a des choses, des problèmes dont ils ont l’impression qu’ils ne sont pris en compte qu’à ce moment. Donc il faut savoir ce que veulent les gens si on veut les faire bouger. Mais ça, c’est le propre d’un être humain, vous avez une petite fille, un petit garçon, vous essayez de le motiver pour faire… quelqu’un qui ne persuade pas quelqu’un d’autre, c’est qu’il est déprimé. Si je vous dit “Qu’est ce que vous faites dans la vie” vous prenez un air triste en disant “rien d’intéressant,…” wow! Si vous commencez à faire de la publicité sur ce que vous faites, c’est que vous êtes en forme.

YH: Donc vos sources d’inspirations viennent des gens ?

ME: Bien sûr. Comprendre les gens, ce n’est pas si facile, parce qu’ils disent des choses, en font d’autres, ils hésitent, parfois ils ne vous disent pas tout… c’est sophistiqué, les êtres humains… sociologiquement, psychologiquement, historiquement, des choses qui sont lourdes d’importance.

YH: Et vous, vous êtes une personne…dès le départ, on dit que vous êtes quelqu’un d’authentique. J’aime bien ce mot, j’aimerais savoir votre avis sur vous même, cette définition ?

ME: Moi, je n’ai pas voulu me compliquer la vie, je n’ai pas voulu… j’avais des qualités, des défauts, mais je voulais dire ce que je pensais, je n’ai pas eu peur. Je ne me suis pas dit que cela allait me freiner, je voulais m’habiller comme je le voulais, je ne me disais pas “oh, il va dire que…” on verra. Je n’y crois pas tellement, au fait que l’on va m’embêter. Alors parfois… non, on dit, cette agence, elle a été… non c’est une très belle agence, en général, on dit ce que l’on pense. Alors parfois, on est effrayé quand on dit a des gens qu’ils nous tapent sur la tête trop souvent… c’est comme un gouvernement, il y a un moment vous avez peur. On essaie de désapprendre la peur. On dit aussi quand on comprend, quand on ne comprend pas. On dit que même tout ce que nous faisons ne nous plaît pas toujours, on le dit, on essaie de faire bien, mais c’est hyper difficile, la pub. C’est un métier, on croit que c’est facile, mais une grande communication, c’est difficile.

YH: Par exemple, quelles difficultés avez vous eu ?

ME: Evian, des années avant qu’il fallait persuader les clients qu’il fallait parler de jeunesse, parce que eux, les gens, et pourquoi, et comment, et dans quel sens, et si on disait ça, ce ne serait pas mieux… ils avaient peur. Moi aussi, j’ai peur, mais il y à un moment, il fallait y aller. Faut réfléchir, approfondir, sentir, mais il faut y aller. Ensuite, pour vous faire le premier film, le premier film des bébés dans l’eau dans une piscine,… mais c’était impossible! Mais qu’est ce que ça veut dire? il y a du négatif si on fait ça, est ce qu’on ne positionne pas trop le produit pour les enfants? Vous passez beaucoup d’heure par expliquer, il faut être un peu têtu pour faire de grandes campagnes. C’est comme un journaliste qui a une idée, il cherche une idée pour son papier, il faut savoir prendre l’angle, il faut savoir décider, ne pas avoir peur, y aller, défendre son angle, il faut tenir aux choses, donc ça prend beaucoup de temps.

YH: Vous êtes toujours courageuse ?

ME: Je pense que je vais y arriver, je n’avais pas peur des obstacles. J’ai très vite compris qu’on était là pour dépasser les obstacles. Quand j’étais très jeune, mon papa a eu un problème financier, on avait plus d’argent. Je me souviens que je me suis dit “ah, c’est bien, comme ça tu ne vas pas t’habituer à l’argent “. Je ne me souviens pas d’autre chose, je ne me suis pas dit “Oh, qu’est ce qui nous arrive, c’est terrible…”. Je devais m’occuper de mes parents, mais cette pensée n’est pas rentrée dans ma tête. On était vivants, on avait à manger. Je pense que je suis assez habituée à ce qu’il y ait des obstacles, et ça m’est égal. Je me dis “oh là, on me met un truc…? C’est plutôt rigolo”. Si la vie était… si tout le monde pouvait tout faire, et tout, ce serait moins intéressant. Et un artiste, c’est pareil, quelqu’un qui croit… Avec mon associé, on a décidé de déplacer l’agence à Pantin. On a pris un lieu qui faisait 20 000 m2. Ca faisait quatre ans qu’on travaillait dessus, tout le monde m’avait dit que c’était impossible. C’est devenu possible, en Juin. Tout est possible, tout est possible ! Faut vouloir. Et mon associé est quelqu’un d’au moins aussi entêté que moi, donc c’est pratique, il n’y a pas que moi.

En chinois, on dt souvent “il est courageux, alors il est généreux”. Il n’apporte rien, il n’est attaché à rien, donc il peut avoir le courage d’avancer.

En effet, il ne faut pas être trop effrayé. Parfois, je dis à nos équipes, “mais il ne vas rien nous arriver de grave, quand même! Ils ne vont pas nous tuer, ça va!”. Il faut à la fois avoir  une passion, et à la fois être calme par rapport à ça. Il n’y a pas mort d’homme. On est pas médecin, je n’opère pas dans une salle en me disant, “il va mourir, peut être…” ça va ! On vendra moins de yogourts, c’est pas grave…(murmure)! Parce que si on pense que tout est grave, on rate les choses, on n’ose pas, on a peur… je vois bien tout les gens qui compliquent… je veux dire… quand est ce qu’on va faire. Moi, j’aime bien qu’on fasse. Parce

Moi j’aime bien qu’on fasse, j’aime bien construire j’aime bien je suis contente parce que quand c’est construit, c’est intelligent. Construire une belle agence, construire une belle campagne…

YH: Vous aimez bien les défis à surmonter ?

ME: Je pense que la vie nous amène des obstacles et qu’il faut les dépasser

YH: Il n’y a pas un moment où vous dit je suis fatigué je vais me coucher 

ME: Si il y a des moments où je vais me coucher. Ma maman m’avait toujours dit ça : “quand on est fatigué on va se coucher”. On ne dis pas à tout le monde qu’on est fatigué, on m’embête pas tout le monde. Après ça va mieux.

YH: Vous travaillez beaucoup tous les jours ?

ME: Oui beaucoup moi je travaille tout le temps

YH: Vous dormez combien d’heure par nuit ?

ME: 6 ou 5 heures. Je ne dors pas assez parce que parfois je m’endors pendant la journée. Donc ce qui veut dire que je ne dors pas assez (rires).

YH: Heureusement que votre mari s’occupe des choses à la maison…

ME: Ha non pas du tout! ça ce serait le rêve! ça c’est mon rêve, mais en fait j’aurais dû prendre une femme ça aurait été mieux pour s’occuper de tout! Mais j’ai un homme! Mais il ne s’occupe pas de tout, non non. Par exemple je grogne quand je vois certaines choses : “Mais vous attendez que j’ai 3 jours de vacances pour que je change toutes les ampoules de la maison? Vous ne vous êtes pas aperçu qu’il n’y a plus de lumière?”… Et la sécurité sociale, c’est très compliqué, la sécurité sociale : il n’a pas l’air de savoir remplir une feuille!

YH: Il doit être très heureux !

ME: Mais il a beaucoup de chance !

Les choses simples, ce sont les plus belles, en général ce sont les plus difficiles. Des choses qui touchent de façon large tous les gens, les pauvres, les riches, ce sont les plus difficiles. Les choses les plus essentielles, ce sont les plus difficiles. Mais après, cela peut avoir l’air de rien, et c’est très sophistiqué quand même. Les campagnes Petit Bateau avec les mois, où l’on compte l’âge des gens en mois, ce n’est rien! Mais les photos étaient magnifiques et il y avait cette idée toute simple qui dit : finalement il n’y a pas de rupture entre l’enfant que l’on est, et ce que l’on devient des années plus tard. Je pourrais faire des théories pendant des heures, mais il y a quelqu’un qui a trouvé cette façon formidable de compter en mois la vie d’un être humain et de rappeler, comme ça, que le lien avec l’enfance, c’est vraiment émouvant! Parce que si vous écoutez un vieux il vous parle tellement de son enfance… en général, d’ailleurs, plus on grandi et plus on retourne à ce qui s’est passé pendant l’enfance. Vous oubliez plein de choses mais pas cela. Donc cela raconte des choses un peu profondes, mais de façon légère, l’air de rien. Un livre, vous pouvez exprimer autrement les choses mais avec la publicité c’est un art : l’air de rien, vous dites beaucoup de choses

HY: Vous faites donc des pubs pour des entreprises qui ont de très gros moyens. Et puis il y a aussi des entreprises qui ont des produits méritants, mais qui n’ont pas de moyens… Vous pensez qu’il y a une façon de faire pour que cela fonctionne ?

ME: Oui, bien sûr, il faut y aller. Il y a bien un moment où les grosses entreprises ont commencé petit. Et d’ailleurs, nous on est adorable. Des gens nous demandent… On ne le dis pas trop fort, parce qu’on a déjà la queue devant nous, et il y à un moment où il faut aussi que l’on aille au lit et qu’on dorme. On a aidé beaucoup, on a fait beaucoup de choses pour rien. On a un service qui s’est occupé des start-up, on n’a toujours pas compris qu’est-ce que l’on a gagné, mais on l’a fait quand même, donc on a ce qu’on a on a ceux qui s’appelle le start-up Lab où l’on aide des start-up à mieux énoncer leurs propositions marketing. Pourquoi est-ce qu’on fait ça, je n’en sais rien, peut-être que ça nous plaît, on a fait ça. On est les rois et les reines de l’aide à des entreprises, associations, musées… On a fait pour rien la communication de la Philharmonie, on fait pour rien la communication d’une musée de l’immigration, on fait pour rien la communication de la Bibliothèque nationale de France, on fait pour rien la communication du Collège de France parce qu’on trouvait que c’ est important on fait pour rien la communication de la Chaussée parce qu’on trouvait c’était important d’avoir des écoles performante au point de vue mondiale en France, on fait pour rien la communication de Human Right Watch, les droits humains et parfois il nous est arrivé de nous demander : “arrêtez d’essayer d’en trouver d’autres”! Parce que l’on ne va pas y arriver. Mais je pense qu’on fait pour rien, mais que cela nous fait du bien, donc ce n’est pas totalement pour rien. Et puis quand vous comptez…moi j’adore gagner beaucoup de budget, j’adore développer l’agence. Mes objectifs… il ne faut pas le dire, mais je fais n’importe quoi pour fixer des objectifs. Je regarde les chiffres, et puis il y a des chiffres que j’aime bien. Je me dis : “ah, ça ce n’est pas assez, c’est mesquin, allez, on va doubler la taille de l’agence !” Et ça, ça me plaît et ça marche. Il faut inventer des objectifs un peu ambitieux. Mais après, il ne faut pas faire des comptes d’apothicaire. Comme je ne sentais pas mes limites, je n’étais pas fatiguée, je ne sentais pas…alors il y a des jours, un peu plus… mais je ne sentais pas trop mes limites je ne sentais pas pourquoi je ne pourrai pas donner un coup de main à quelqu’un/ Moi j’ai une manie : quand les gens viennent me voir, je me dis : “mais…comment je peux les aider” Il faut que je fasse attention à moi parce que mon fils trouve cela fatiguant, il me dit ; “mais arrête de vouloir m’aider comme ça, ça ne sert à rien, je me débrouille tout seul !” Il lutte contre cette maman qui veut aider. Parfois je dîne avec des gens, et tout, et je me dis ; “mais pourquoi ils m’ont invité, qu’est-ce que je dois faire ?” Mais parfois, la réponse, c’est “pour rien, pour être ensemble!” Ah, d’accord, ah c’est sympa. Moi, j’ai l’habitude de me dire que je peux peut être contribuer, aider… peut-être qu’on peut donner un conseil à un jeune, même si on engage pas, peut-être qu’on peut être sympa. Et c’est plutôt mes assistantes qui deviennent folles.

YH: La générosité, cela vous rapporte…?

ME: Absolument, la générosité, ça rapporte! Parfois, j’ai fais des trucs dont je ne me souviens pas et 10 ans après les gens me rappelle, ils me disent : “On va venir te voir”, je leur réponds pourquoi, on me dit : “Tu ne te rappelles pas…” C’est sympa, c’est pour ça que je me dis que ce n’est pas trop mon truc les comptes trop mesquins. Si un jour ou l’autre il y a un retour, c’est formidable, et s’il n’y a pas de retours, et bien voilà.

YH: Des projets pour l’avenir ?

ME: Non, là je n’ai pas beaucoup de projets. C’est tellement intéressant ce que je fais, cette entreprise, je voudrais la laisser encore plus belle le jour où je partirai. Qu’elle soie encore plus belle plus grande, avec un rôle plus important dans le monde, laisser à la France un bel héritage, une agence de communication magnifique. Je voudrais pouvoir continuer à aider sur des sujets profonds. Et puis, je voudrais quand même trouver un peu de temps pour me cultiver, m’instruire, me promener, faire des bêtises… Trouver un peu de temps. Cela me fait envie, je me suis beaucoup occupé de tout le monde, donc j’aimerais me trouver un peu de temps pour m’occuper de moi, au lieu de m’occuper de tous les enfants. Qu’ils s’en aillent un peu, que je puisse lire le dimanche, regarder des revues.

YH: Si vous voyez des injustices, des inégalités, sentez-vous que cela implique votre responsabilité ?

ME: Je ne suis pas pour les gens qui grognent, je suis pour les gens qui font. Donc si on est pas content, on fait pas. Si l’entreprise ne vous va pas, si un patron ne vous va pas, vous vous débrouillez mais vous ne subissez pas, si l’on pense que l’égalité c’est une bonne chose, il faut militer, moi j’aime bien quand on fait.

YH: Mercedes c’est un prénom qui a un sens, c’était voulu ?

ME: Non non, en fait, comme toujours, les choses les choses sont plus complexe que ça. En Espagne, Mercedes est un prénom très commun pour l’époque. Je suis née à Barcelone. Ma maman n’aimait pas ce prénom, mais je suis née le 23 septembre : et le 24 septembre, à Barcelone, c’est la fête de la Vierge Mercedes. Et les Catalans, qui sont des gens très bizarres, les Catalans ne voient pas au monde ce qu’il y a de plus important. Donc ma maman a été obligée, psychologiquement, elle s’est dit, elle est né la veille de la fête catalane, alors il faut qu’elle porte le nom de Mercedes. Quand je suis arrivé en France, ce prénom était inexistant. Si, il y avait une voiture qui me concurrençait! Et moi, j’avais honte de m’appeler Mercedes, parce que tout le monde se moquait. Alors quand je devait dire mon prénom, je me disais : “oh, il faut que je dise mon prénom!”, et tout… je rêvais de m’appeler Martine. C’était mon rêve le plus extrême! Je disais à ma maman : ” on ne peut pas changer mon prénom, je pourrais m’appeler Martine!” Ma mère me disait :” il faut garder ses différences “. Ma maman, elle était un peu compliquée, mais en fait, elle avait raison. Il faut assumer. Et ce qui est bien dans ce prénom, c’est que comme il est difficile à assumer… Quand on est enfant, c’est quelque chose qui vous rend fort parce que tout ce qui est un peu difficile pour un enfant… quand tout est trop simple, pour un enfant, ça ne le renforce pas. Et donc, ce prénom m’a renforcée, alors j’étais content de l’avoir. Alors “Mercedes” veut dire “merci”, en fait, ce sont les remerciements. “Mercedes” veut dire en espagnol “avec mes remerciements”, c’est d’origine latine, mais cela vient d’un autre mot qui veut dire le “marché”. Quand vous faites le marché que vous échangez, le merci est donné du fait que quand on échange, on dit merci, donc je me suis toujours dit que j’étais toujours faite pour le commerce, et pour le merci. C’est joli.

YH: Auriez-vous des conseils pour encourager orienter les personnes qui n’ont pas eu votre chance dans la publicité?

ME: Ce qui compte, c’est ce qu’on aime son parcours. L’enjeu n’est pas de devenir quelqu’un… il se trouve que dans ma carrière j’ai fait une belle carrière, je suis devenue une femme d’influence, mais j’aurais pu être heureuse autrement. J’ai ma belle-fille, qui est instit, ma sœur qui musicienne, je ne crois pas qu’il faille absolument devenir connu de tout le monde. Je pense qu’il faut faire ce qui nous va bien, après, il y a des choses qui se passent, des choses qui ne se passent pas. Alors à tous les gens qui font de la communication, il faut aimer ça. Si vous n’aimez pas assez ça, il faut changer. Il faut aimer ça, avoir du plaisir. Dans la vie, le travail c’est très important. Parce qu’on ne va pas aller travailler si ça n’a aucun intérêt pour soi ; surtout lorsque l’on a la chance d’avoir fait des études. Que des gens qui sont obligé de faire des métiers très difficiles, c’est courageux… mais personne ne rêve d’être éboueur, mais c’est courageux, c’est courageux de le faire. Nous, on a beaucoup de chance, donc les gens qui ont des métiers comme les nôtres, choisissez des métiers qui vous font plaisir, qui vous font du bien, et après, travaillez! Parce qu’on obtient rien sans travailler vraiment. Mais le travail peut-être un plaisir. Moi, ma chance, c’est que j’avais décidé de me faire plaisir et que je n’avais aucun problème avec le travail, je ne comprenais même pas la différence entre travailler et les vacances. Maintenant, je comprends un peu mieux, parce que c’est bien de changer d’avis, mais c’est bien aussi d’aimer son travail.

Pour moi le plus important c’est que les êtres humains sont faits pour faire des choses. Donc vous pouvez construire une maison, vous pouvez faire des murs, vous êtes là pour faire quelque chose. Ne pas faire… je n’aurais pas aimé être né avant-hier, qu’on me dise tu n’as pas besoin de travailler. Oh là là, quelle angoisse ! J’ai toujours eu peur de gagner le loto ! Vous savez, le truc horrible : mais qu’est-ce que vous faites (rires)?? On avait fait un film auto qui était très jolie : c’était l’histoire d’un taxi qui gagne au loto, mais en fait il ne change rien à sa vie. Sauf qu’il a une superbe voiture, très chic, mais il continue à être taxi ! Parce que sinon, qu’est-ce qu’il fait dans la vie? Il faut faire des choses. D’ailleurs, on le sait très bien, les gens quand ils gagnent au loto, il faut les surveiller. Parce qu’ils peuvent perdre leur repères : qu’est-ce qu’ils font dans la vie ? L’argent ce n’est pas la vie.